"J’ai arrêté d’essayer d’aller bien tout le temps." Témoignage
Je crois que j’ai passé une bonne partie de ma vie à essayer d’aller bien.
Pas “aller bien” au sens profond du terme.
Mais aller bien pour les autres.
Témoignage de Virginie*
Sourire quand on me demandait comment ça allait.
Dire “ça va” par réflexe.
Rassurer. Minimiser. Relativiser.
Me convaincre que ce n’était pas si grave, que d’autres vivaient pire, que je n’avais pas à me plaindre.
Pendant longtemps, j’ai cru que c’était ça, être forte.
La fatigue invisible
Il n’y a pas eu de burn-out spectaculaire.
Pas d’effondrement brutal.
Juste une fatigue diffuse. Persistante. Silencieuse.
Une fatigue qui ne partait pas avec une bonne nuit de sommeil.
Une fatigue qui revenait dès le matin, avant même que la journée commence.
J’étais fatiguée de faire semblant.
Fatiguée d’être celle qui va bien.
Fatiguée d’expliquer que “non non, tout va bien”, alors que ce n’était pas vrai — sans être dramatique non plus.
Parce que le plus dur à expliquer, c’est cet entre-deux : quand tu n’es pas malheureuse, mais pas vraiment bien non plus.
La pression d’être positive
Autour de moi, on parlait beaucoup de positivité.
De pensées positives.
De gratitude.
De résilience.
Et tout ça partait sûrement d’une bonne intention.
Mais moi, je me sentais surtout en retard, ou défaillante.
Quand je disais que j’étais fatiguée, on me répondait :
— “C’est dans la tête.”
— “Il faut voir le bon côté.”
— “Tu devrais relativiser.”
Alors j’ai appris à me corriger moi-même.
À reformuler mes phrases.
À édulcorer ce que je ressentais.
Je ne disais plus :
“Je n’en peux plus.”
Je disais :
“C’est une période.”
Je ne disais plus :
“Je me sens vide.”
Je disais :
“Ça ira mieux bientôt.”
Le jour où j’ai arrêté de me corriger
Ce n’est pas arrivé lors d’un grand événement.
C’était un jour banal. Un de plus.
Quelqu’un m’a demandé comment j’allais.
Et pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas répondu automatiquement.
J’ai dit :
“Honnêtement ? Je suis fatiguée. Et je n’ai pas envie de faire semblant aujourd’hui.”
Il n’y a pas eu de drame.
Pas de malaise.
Pas de jugement.
Juste un silence. Puis un “je comprends”.
Et à cet instant précis, quelque chose s’est relâché en moi.
Le soulagement de ne plus jouer un rôle
Arrêter d’essayer d’aller bien tout le temps, ce n’est pas devenir négative.
Ce n’est pas se plaindre.
Ce n’est pas abandonner.
C’est arrêter de lutter contre ce qui est là.
J’ai compris que ma fatigue ne venait pas seulement de ce que je faisais…
mais de ce que je retenais.
Les émotions mises de côté.
Les doutes avalés.
Les jours “sans” déguisés en jours “avec”.
Quand j’ai arrêté de me forcer à être positive, j’ai commencé à respirer autrement.
Une douceur nouvelle
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que ça a commencé à aller mieux.
Pas mieux au sens “tout est réglé”.
Mais mieux au sens plus juste.
Je me suis autorisée :
-
à dire quand ça n’allait pas,
-
à ne pas avoir d’énergie,
-
à ne pas expliquer,
-
à ne pas chercher une solution immédiate.
Et surtout, j’ai arrêté de me parler durement.
Je ne me dis plus :
“Tu devrais aller mieux.”
Je me dis :
“Tu fais de ton mieux aujourd’hui.”
Se retrouver
Quand j’ai arrêté de me corriger, je me suis enfin retrouvée.
J’ai retrouvé :
-
une forme de calme,
-
une honnêteté envers moi-même,
-
une présence plus vraie aux autres.
Je ne suis pas devenue plus performante.
Je suis devenue plus humaine.
Et étrangement, c’est ce qui m’a rendue plus solide.
Pour celles qui lisent ces lignes
Si toi aussi tu te forces à aller bien.
Si toi aussi tu souris alors que tu es fatiguée.
Si toi aussi tu te dis que “ce n’est pas si grave”, alors que ça pèse quand même…
Sache une chose :
- Tu n’as pas besoin d’aller bien tout le temps pour être légitime.
- Tu n’as pas besoin d’être positive pour être digne d’écoute.
- Tu n’as pas besoin de te corriger pour mériter de la douceur.
Parfois, aller mieux commence simplement par une permission : celle d’être vraie.
Ma Bulle Féminine,
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